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LETTRE
174 Julien
à Emilie A
Rouen Ma chérie, Tu as bien fait
de m’écrire. Je t’avais complètement oubliée. L’amour à distance m’a
toujours paru absurde. Si je ne te l’ai pas dit, c’est parce que je ne
voulais pas nos adieux à Saint-Cyr trop larmoyants et que tu as une forte
propension aux élans lacrymatoires. Car c’était bien d’adieux qu’il
s’agissait. Je m’en veux aujourd’hui de ne pas avoir été assez clair. Tu
as du penser à moi tout l’été, trois mois ça passe vite quand on aime. Le
problème ma Belle, c’est que je ne t’ai jamais aimée. Petite oie blanche,
tu as été un merveilleux remède contre l’ennui du pensionnat de Saint-Cyr,
je garderai un excellent souvenir de ces nuits où nous bravions tous les
interdits. En revanche ne m’écris plus, je t’en prie, tes lettres ne valent
pas la peine d’être lues. J’espère que tu t’en remettras aussi vite que
moi. Bonne vie ma jolie. De
Paris, ce 22 septembre 19** |
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